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Alimentation du futur : les insectes comestibles sont-ils une solution d’avenir ?

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Environnement

Alimentation du futur : les insectes comestibles sont-ils une solution d’avenir ?

Alors que 2,5 milliards d’individus souffrent de malnutrition, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’en 2050 la population mondiale dépassera les 9 milliards d’habitants. Comment faire pour assurer la sécurité alimentaire de demain ? Riches en protéines et nécessitant peu de ressources en eau et en nourriture, les insectes comestibles présentent pour l’agence onusienne une solution d’avenir

Il y a encore deux ans, le restaurant mexicain La Standia, dans le centre-ville de Toulouse, servait des tortillas garnies de vers de farine. Un repas très apprécié de la clientèle. Pourtant, sans que Jérôme, le gérant de l’établissement, n’en connaisse la raison, leur entreprise de production d’insectes a subitement fait faillite. Encore avant-gardiste en Occident, l’entomophagie ou consommation d’insectes, nourrit aujourd’hui 2.5 milliards d’individus en Asie, en Afrique et en Amérique centrale où elle est une pratique courante. Avec 2 111 espèces comestibles recensées par l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation d’insectes attise l’intérêt des occidentaux et commence lentement à se démocratiser.

Chenilles, grillons, sauterelles et autres vers de farine présentent des avantages d’un point de vue écologique et nutritif. Riches en protéines, en Oméga 3 et pauvres en graisse, les insectes ont des qualités comparables à la viande et au poisson. Contrairement aux élevages intensifs, ces derniers sont peu gourmands en espace et en ressources. Ainsi, avec 1000 litres d’eau, il est possible de produire 185 grammes de protéines de ver de farine contre 16 grammes de protéines de bœuf. Par exemple, les grillons consomment six fois moins de nourriture que les bovins. Gaz à effet de serre et déchets rejetés sont ainsi considérablement réduits.

Un programme ambitieux

Ces avantages ont éveillé l’attention de la FAO qui s’est prononcée en faveur du développement de l’élevage d’insectes à grande échelle. Sur la base de ce projet, plusieurs entreprises ont vu le jour en France et en Europe. Première sur le marché européen, l’entreprise de production et de commercialisation d’insectes comestibles, Micronutris, implantée à Saint-Orens près de Toulouse, ambitionne d’intégrer la grande distribution malgré une première tentative avortée en 2014 avec Carrefour.

Loin de remplacer la viande, l’entreprise toulousaine propose plusieurs gammes de produits à destination de plusieurs publics : l’apéritif entre amis ou bien des barres protéinées pour les sportifs. L’entreprise joue sur l’effet de curiosité autant que sur les bienfaits écologiques.

Les clients qui en achètent le font par amusement et ne s’en procurent qu’occasionnellement, explique Thomas, vendeur de l’épicerie Le Paradis Gourmet dans le quartier du Capitole à Toulouse qui propose des insectes à la vente. « Il faut dire que le prix en dissuade beaucoup. » En effet, pour un paquet de 10 grammes de vers de farine nature, le prix affiché est de 9,90 euros. Pour Josseline Porcher, directrice de recherches à l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique), les insectes n’ont pas encore leur place sur le marché français. « Le secteur n’intéresse pas les investisseurs. Micronutris en est la preuve. Après 8 ans d’existence il reste sans concurrents en France. L’élevage d’insectes n’est pas une réponse à l’élevage intensif car nous réitérons le même système de production alimentaire au lieu de repenser l’élevage et la répartition des aliments dans le monde. »

Un effet de mode

Pour la naturothérapeute, Leilla Bogaert, le principal obstacle à la démocratisation de l’entomophagie est culturel. « La France est le pays de la gastronomie. Intégrer des insectes dans nos plats est contraire à toute notre culture alimentaire. Il s’agit plus d’un effet de mode qui fait partie de la même idéologie que le véganisme. » Pour l’experte, les insectes pourraient cependant jouer un rôle en tant que complément alimentaire. « Ils ne remplaceront pas la viande et le poisson mais pourraient les accompagner dans nos assiettes sous une forme différente comme des galettes. »

Une idée dont s’est emparée la start-up suisse Essento. Créée en août 2017, l’entreprise propose des mets connus du grand public comme des burgers aux vers de farine, des falafels de grillons ou des muffins à la noix de coco cuisinés à base de farine d’insectes. Dans ces préparations, rien ne laisse présager la présence d’invertébrés. Une solution qui pourrait aider à dépasser la barrière psychologique. Déborah Schäfer, cofondatrice de la société Alim’ento en Moselle, en est convaincue, manger un insecte tel quel est un effet de mode « ce qui se développe c’est leur matière première que nous vendons à une cinquantaine de clients tels que des boulangers et des restaurateurs ». Sans communiquer sur leur chiffre d’affaire, l’entreprise assure que ses ventes sont en pleine croissance à tel point qu’un deuxième site de production est en cours de création.

« Il s’agit d’une question de temps. Petit à petit les insectes seront intégrés dans nos plats et cela deviendra une habitude autant qu’un besoin. » assure Cyril Lekiefs, responsable technique en sécurité alimentaire pour Action contre la faim. Selon lui, le monde est arrivé à un moment critique : « En 2050, il faudra augmenter de 70% la production alimentaire actuelle. Si les insectes sont par leur quantité et leurs qualités nutritionnelles intéressants, il existe d’autres alternatives à la viande. Les protéines végétales telles que le soja sont actuellement en train de se développer. »

Autre alternative à l’étude, la viande in vitro produite à partir de cellules souches. En 2013, le premier burger à base de viande de bœuf artificielle était dégusté à Londres au prix exorbitant de 250.000 euros. Désormais, son coût de production avoisine les 10 euros. Un premier pas pour l’avenir de notre alimentation.

Claire Eckersley et Timothé Rouvière

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