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“Au nom de la terre” : au-delà d’une histoire de famille

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“Au nom de la terre” : au-delà d’une histoire de famille

« Très clairement, il y a une grande souffrance dans le monde agricole aujourd’hui » confie le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume sur France Info en août dernier. Au nom de la Terre, sorti en salle le 25 septembre 2019, retrace la vie d’un de ces agriculteurs français à bout de souffle. Le réalisateur Edouard Bergeon a choisi Guillaume Canet pour interpréter l’histoire bouleversante de sa famille, de son père.

C’est dans la vie d’un jeune homme né dans la terre, que nous sommes plongés. Après une jeunesse d’aventure aux États-Unis, Pierre Jarjeau reprend l’exploitation agricole familiale avec sa femme Claire. La vie de cette famille se dessine alors dans une ferme qui se porte bien et qui semble prédestinée à écouler des jours heureux. Pourtant, arrive le moment où les dettes s’accumulent ainsi que les difficultés qu’amène le métier d’agriculteur. Il se voit donc forcé de se réinventer dans ces choix d’exploitant, afin de pouvoir survivre. Persuadé de sa réussite, l’éleveur met en place des structures titanesques qu’il peine à gérer et qui s’avèrent être de véritables gouffres financiers, comme le craignait sa femme. Une inquiétude partagée par le père de Pierre, et qui d’ailleurs, sera sujet de discorde entre les deux protagonistes. Débute alors le long cauchemar de cette famille. Claire portera à bout de bras son foyer et l’exploitation agricole de son mari. Entre incendies, accidents techniques, et production à perte, leurs vies vont s’effondrer. 
Guillaume Canet joue avec poigne le rôle du père et exploitant, Veerle Baetens de la courageuse mère, ainsi qu’Anthony Bajon, celui du réalisateur lui-même.

Pierre Jarjeau interprété par Guillaume Canet

Une triste réalité

Ce film illustre plusieurs problématiques sociales, économiques et industrielles, liées à notre société, à nos assiettes, et surtout à nos agriculteurs. La Révolution Verte qui a suivi la seconde guerre mondiale entraîne ces travailleurs à perdre en indépendance, dû à l’instauration de normes européennes communes et de prix fixés par les bourses américaines. De plus, le capitalisme plus fort que jamais après la guerre, pousse à produire toujours plus, et qui malgré eux, tend à favoriser la quantité à la qualité. C’est ce phénomène parmi tant d’autres, qui est mis en lumière dans le long métrage d’Edouard Bergeon, avec l’acquisition de ce hangar clos. Des poulets se piétinent et sont nourris par des systèmes automatisés qui ont leurs lots de défaillance. C’est à travers ce contexte sociétal que leur physique et leur moral sont mis à rude épreuve, quand on sait qu’un agriculteur se suicidait tous les deux jours en moyenne, en France, sur l’année 2018. Un chiffre qui reste constant depuis des années, et qui est loin de diminuer. Le réalisateur est au plus près de ce sujet et de ses enjeux, et ce, car nous nous trouvons au coeur de sa propre histoire.
Un film aussi enrichissant que touchant, qui s’inscrit dans l’actualité de nos campagnes françaises.

© lemonde

Co-auteur : Carla Tagliaferri

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