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Ionesco donne sa leçon

Portrait d'Eugène Ionesco • © melty.fr

C'est d'Art

Ionesco donne sa leçon

Sur les planches du Théâtre du Pavé s’agite un bien étrange ballet, orchestré par Francis Azéma. C’est celui de la troupe des Vagabonds.

Anciennement « grenier théâtre », la compagnie revendique aussi bien un théâtre simple d’accès qu’authentique. Un an après “Le Roi se meurt” elle suit une nouvelle fois les traces de « l’enfant terrible de la littérature », Eugène Ionesco.

En quelques mots, l’intrigue repose sur un trio assez improbable composé d’un professeur, d’une élève et d’une bonne. Le spectateur suit l’évolution d’une séance particulière où le rire se mélange au frissonnement, jusqu’au dénouement final, macabre.

Personnage fantasque et engagé, l’écrivain est l’un des grands littéraires du XXe siècle à évoquer dans ses œuvres les désastres de la Seconde guerre mondiale. Son théâtre souvent associé au style de l’absurde -auquel il préfère l’appellation « d’insolite »- peut sembler à première vue vide de sens. Cependant c’est l’un des rares artistes reconnu comme « classique » de son vivant. Il aborde les thèmes de l’insignifiance de l’homme ou bien de la difficulté de la communication, notamment dans sa quatrième pièce, écrite en 1950 : “La leçon”.

C’est dans une atmosphère pesante que ce « drame comique » prend ainsi vie dans le théâtre toulousain. Le décor reproduit le cabinet du professeur, avec pour musique de fond celle d’une machine qui tourne. Au premier abord, le lieu ne paraît pas propice à l’apprentissage : entre le linge étendu et les bâches de chantier, quelques livres sont simplement disposés sur une table. L’action est simple, les jeux de mots foisonnent, témoins du style propre à l’auteur. Le spectateur est aussi manipulé que l’élève tout au long de l’unique acte. Pour Francis Azéma, qui est également acteur dans sa pièce, l’esprit engagé de la pièce est clair :

« Si Ionesco dans sa première version cite très clairement le nazisme, la parole du professeur reste aussi celle de tous les manipulateurs dont la finalité reste le pouvoir de vie et de mort, l’emprise sur l’autre. »

Selon certains commentateurs, Ionesco s’est inspiré de la radicalisation de ses anciens professeurs nazis à Bucarest pour créer son personnage principal. Dans cette logique la bonne serait le reflet de la masse qui condamne sans agir, lavant inlassablement les draps tachés de sang, tandis que l’étudiante représenterait l’innocence qu’on assassine.

La pièce est à l’affiche jusqu’au 5 octobre prochain.

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