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L’Église et la question de la guerre

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L’Église et la question de la guerre

Dès qu’un empereur chrétien s’est retrouvé à la tête de l’empire, il a fallu réfléchir au bien fondé de certains actes de nature politique. Il fallait concilier l’interdit de tuer et la protection de l’empire. Ainsi, Saint Augustin a développé le concept de guerre juste : l’autorité légitime peut avoir recours à la guerre si cette dernière a pour finalité la justice et la paix ; la lutte contre l’injustice et l’ennemi est admissible.

L’Église s’est très tôt intéressée aux questions liées à la vie de la Cité ; il ne s’agissait pas pour elle de se substituer aux dirigeants (« rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ») mais de les aider à mieux discerner ce qu’il était bon de faire pour le bien de tous. Elle a donc dû développer une doctrine sur la question de la guerre que l’on définira ici comme lutte armée entre États ( définition issue du Larousse). Si les fondements théologiques de la doctrine catholique en la matière ont toujours étés constants, l’Église a dû ajuster son propos au XXème siècle pour tenir compte des évolutions majeures, notamment la création d’armes toujours plus destructrices et la globalisation des conflits.

Les débuts de la réflexion de l’Église sur la guerre

Des hommes d’Église ont commencé à se poser la question de la légitimité de la guerre au moment où l’empire romain est devenu chrétien, après le règne de Constantin : auparavant, les fidèles étaient une minorité sans grande influence sur la vie politique (ils refusaient simplement de participer à la guerre, à titre individuel, pour respecter le commandement de ne pas tuer). Dès qu’un empereur chrétien s’est retrouvé à la tête de l’empire, il a fallu réfléchir au bien fondé de certains actes de nature politique. Il fallait concilier l’interdit de tuer et la protection de l’empire. Ainsi, Saint Augustin a développé le concept de guerre juste : l’autorité légitime peut avoir recours à la guerre si cette dernière a pour finalité la justice et la paix ; la lutte contre l’injustice et l’ennemi est admissible.

L’admission de la légitime défense par l’Église : un héritage de de Saint Thomas d’Aquin

Le Catéchisme de l’Église Catholique (document expliquant les bases essentielles de la doctrine catholique) traite la question dans ses articles 2263 à 2267 en utilisant plusieurs principes développés par Saint Thomas d’Aquin . Ce dernier se base en effet sur le principe de légitime défense : on peut se défendre pour protéger sa propre vie contre un agresseur quitte à ôter la vie de ce dernier. La légitime défense se base sur le principe moral du double effet : je peux commettre un acte moralement bon ou neutre (en l’espèce : se défendre) ayant une conséquence bonne et désirée en découlant directement (en l’espèce : protéger sa vie), mais ayant une conséquence mauvaise, tolérée mais non souhaitée (en l’espèce : mort de l’agresseur) ; la mauvaise conséquence doit être moins lourde que la bonne (en l’espèce, selon Saint Thomas d’Aquin, « on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui »). Sur cette base, Saint Thomas justifie la possibilité, et même le devoir d’utilisation de la force, uniquement par l’autorité légitime, pour mettre l’agresseur hors état de nuire. Il découle néanmoins de ces principes l’obligation de nécessité (le recours à la force armée ne doit avoir lieu que si aucune autre solution n’existe) et de proportion (on ne doit pas faire plus que nécessaire pour se défendre).

Une Doctrine Sociale de l’Église insistant sur les processus en faveur de la paix

Si le Catéchisme de l’Église Catholique donne les bases morales sur la question de la guerre, c’est surtout la Doctrine Sociale de l’Église (Compendium de 2002) qui donne des orientations plus précises en la matière. Le texte rejette le principe de la guerre comme moyen de régler les différends entre États. Il s’agit d’un refus du cynisme en matière de relations internationales ; l’Église encourage les États à trouver toutes les solutions alternatives à la guerre en cas de différend, et à sortir de la logique de la course aux armements. A fortiori, la Doctrine Sociale rejette l’idée de guerre sainte, ainsi que la commission d’actes terroristes au nom de Dieu.
Si la Doctrine Sociale de l’Église rejette la guerre, elle n’approuve pas non plus le pacifisme absolu : la légitime défense est admise en cas d’agression. Le recours à la force armée est dans ce cas légitime si le dommage infligé est grave, durable et certain, si aucun moyen alternatif à la guerre n’est praticable ou efficace et si les conditions sérieuses de succès sont présentes ; l’emploi des armes ne doit alors pas conduire à un mal plus grave. De même, l’Église admet la légitimité de protéger les groupes en danger par la neutralisation des agresseurs, dans le respect des règles du droit international public. Le Compendium mentionne d’ailleurs souvent les traités internationaux, dont la Charte des nations unies de San Francisco (1945) ; les cas de recours à la force armée admis dans la Doctrine Sociale de l’Église sont ainsi équivalents à ceux admis par la Charte précitée (autorisation du conseil de sécurité de l’ONU et légitime défense).

La recherche permanente des solutions les plus justes aux conflits

La Doctrine Sociale constitue une évolution dans l’approche des conflits armés par l’Église : si cette dernière a toujours promu la limitation des conflits (malgré, dans l’histoire, des décisions d’hommes d’Église et de chrétiens allant à l’encontre de ce principe), elle a depuis le milieu du vingtième siècle davantage insisté sur le rejet quasi absolu de la guerre, les conséquences de celle-ci étant de plus en plus désastreuses. L’Église vise à travers les objectifs de paix le bien commun sans pour autant tomber dans un pacifisme irresponsable : le bien commun impose parfois, en cas de danger grave, et en l’absence d’autres solutions, d’utiliser les armes pour protéger la population ; il s’agit de défendre des innocents. L’église cherche ainsi souvent à réajuster ses propos en considération de l’évolution géopolitique du monde dans le respect des grands principes de la théologie, toujours dans l’objectif d’aider les dirigeants à progresser davantage vers le bien commun.

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