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Once upon a time… in Hollywood : un conte tarantinesque

Cinéma

Once upon a time… in Hollywood : un conte tarantinesque

Après avoir bousculé la Croisette lors du festival de Cannes 2019, Once upon a time… in Hollywood enflamme depuis sa sortie en salle le 14 août dernier, le box-office mais aussi la critique.

Quentin Tarantino revient avec un neuvième (et possiblement dernier) film qui enchante autant qu’il divise. Si le réalisateur y raconte son Hollywood de la fin des années 60 (ou du moins un Hollywood qu’il fantasme), il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une déclaration d’amour au septième art. La synthèse d’une carrière débutée il y a plus de 25 ans, un « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » à la Tarantino.

Brad Pitt et Leonardo DiCaprio
Les “princes charmants” du cinéma réunis

Le casting de Once upon a time.. in Hollywood était l’une des grandes promesses de ce film mais aussi un clin d’oeil aux débuts de la carrière internationale du réalisateur. En réunissant Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, Tarantino réunit les deux « petits princes » d’Hollywood des années 90 et exauce les souhaits de son public le plus ancien. Pari gagné puisque le duo fonctionne extraordinairement bien !

Leonardo DiCaprio interprète Rick Dalton, un acteur hasbeen qui joue les méchants dans des séries télé western ; il est doublé pour les cascades par Cliff Booth interprété par Brad Pitt. Les deux complices assistent, impuissants, à la métamorphose d’Hollywood et essaient de relancer leurs carrières avec plus ou moins de succès.

Plus que la doublure de Rick Dalton, Cliff Booth est littéralement son homme à tout faire ; son conducteur, son éléctricien, il est « celui qui l’aide à assurer le coup ». Il existe entre les deux hommes une amitié aussi émouvante qu’amusante qui se dévoile timidement mais sûrement tout au long de leurs péripéties. Au-delà de la relation entre Rick Dalton et Cliff Booth, c’est la complicité entre les deux acteurs qui crève l’écran, amenant une profondeur nouvelle dans l’univers des relations tarantinesques.

Une “princesse” séduisante mais absente

Un autre événement essentiel de l’année 1969 hante le tableau ; c’est le spectre de Sharon Tate et sa célèbre mort par la bande à Charles Manson qui planent au-dessus du film. Ainsi, Sharon Tate, incarnée par Margot Robbie est, aux côtés de Rick Dalton et Cliff Booth, l’une des trois figures centrales de Once upon a time… in Hollywood.

Margot Robbie dans le rôle de Sharon Tate lors de la soirée dans le manoir Playboy

Si Margot Robbie apparaît plus lumineuse et séduisante que jamais (notamment lors de la soirée Playboy dans l’ancien manoir de Hugh Hefner), l’inaboutissement du personnage de Sharon Tate semble être déplorable. Ses quelques apparitions brèves et insuffisantes nous laissent dans l’incapacité de saisir pleinement la protagoniste féminine. Conséquences : l’actrice elle-même pâtit du délaissement de son personnage, se laissant parfois éclipser par d’autres rôles secondaires féminins.

L’un de ces rôles féminins, c’est celui de Pussycat campé par la révélation du film, Margaret Qualley, fille de la célèbre actrice Andie MacDowell. La jeune fille de 24 ans s’initie aux côtés de Brad Pitt dans le rôle d’une jeune fille appartenant à la secte Manson. Bien qu’elle ne fasse que de courtes apparitions dans le long métrage, le charisme qui émane de son personnage peut être assimilé aux symboles féminins des films de Q.T tels que Mia Wallace ou Beatrix Kiddo interprétés par Uma Thurman dans Pulp Fiction et Kill Bill. Pas de doutes qu’avec Once upon a time.. in Hollywood, Margaret Qualley saisit son carrosse pour Hollywood Boulevard !

Un conte entre rêve et réalité (ATTENTION SPOILER)

De Hollywood Boulevard au mythique Fox Bruin Theater, nous aussi nous voyageons tout au long du film avec l’emblématique Cadillac DeVille blanche de Rick Dalton (que l’on avait déjà aperçu dans Reservoir Dogs) dans l’Hollywood de la fin des années 60. L’Hollywood des néons et des sunsets. Accompagné d’une bande originale, aussi entrainante que touchante, qui va de The Mamas and the Papas au California Dreamin’ de José Feliciano, un vent de liberté souffle alors sur le spectateur qui se verrait presque dans cet Hollywood de l’année 1969. Once upon time… in Hollywood est également (et évidemment) truffé de références au cinéma des années 1950-1960.


California Dreamin’ reprise de The Mamas and the Papas par José Feliciano, bande sonore de Once upon a time… in Hollywood.

Si certains y voient un « trop-plein d’âme » du réalisateur, aussi bien dans le fond que dans la forme, c’est que comme beaucoup d’artistes, Tarantino raconte la nostalgie d’une époque qu’il n’a pas réellement vécu, qu’il réinvente aux moyens de ces références littéraires, cinématographiques et musicales qui lui sont chers et qu’il partage généreusement avec son public. C’est en fait Tarantino lui-même qui pendant plus de 2h30 s’offre aux spectateurs.

C’est, cependant, dans la scène finale du long métrage que l’on retrouve le mieux la signature du cinéaste qui mêle, dans un style gargantuesque et révisionniste, violence et humour. Si le massacre qui planait depuis le début du film a bel et bien lieu, c’est toutefois les « méchants » qui sont corrigés (et le mot est faible) dans cette version fabuliste de Q.T qui nous montre que telle une bonne fée, le temps de quelques minutes, le cinéma peut tout réparer.

Le film s’achève ainsi sur un happy end, et pourtant nous ressortons de la salle mélancoliques, conscients de la fragilité du rêve face à la réalité. Car le fantasme de l’happy ending n’efface pas la réalité de la tragédie. Au contraire, il la ramène à la surface comme un devoir de mémoire, un hommage à tous les souvenirs d’enfance du réalisateur (sans exceptions, des plus heureux au plus sombres) liés à la ville et à l’époque où le mythe Quentin Tarantino s’est construit. Once upon a time… in Hollywood c’est, en une phrase, « l’idéalisation de ce qui est resté au loin et l’espoir, même improbable, du retour ».

© Columbia Pictures, Heyday Films
© Spread Picture, ABACA
© 2019 Sony Picture Entertainment Deutschland GmbH

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